Exode

L'Exode est le deuxième livre de la Bible, il reprend le récit biblique là où la Genèse s'est arrêtée. Jacob, le petit-fils d'Abraham, et sa famille composée de soixante-dix personnes s'étaient rendus en Égypte, où Joseph, l'un des fils de Jacob, avait été établi comme la deuxième autorité la plus importante du pays. La famille a donc vécu et s'est agrandie en Égypte, où elle a trouvé refuge pendant plusieurs années.
Quelques centaines d'années plus tard, débute l'histoire de l'Exode. Le mot « exode » fait référence à l'événement majeur qui se produit dans la première moitié du livre, à savoir l'exode d'Israël d'Égypte. Dans la seconde partie du livre, les événements se déroulent au pied du Mont Sinaï. Pour l'instant, nous ne couvrirons que la première moitié, des siècles se sont écoulés entretemps et les Israélites « furent féconds, se multiplièrent et remplirent le pays » (Exode 1:7).
Ces mots font délibérément écho à la bénédiction que Dieu a donnée à l'humanité dans le jardin (Gen. 1:28), nous rappelant à ce stade, le récit plus vaste jusqu'à présent. Lorsque l'humanité, par son péché et sa rébellion, se priva de la bénédiction divine, Dieu choisit la famille d'Abraham comme le canal par lequel restaurer sa bénédiction au monde.
Exode 1-4 : L'esclavage d'Israël sous le Pharaon
Le nouveau pharaon, en revanche, ne voit pas Israël comme une bénédiction. Il croit que ce groupe croissant d'immigrés israélites constitue une menace à son pouvoir. Ainsi, exactement comme dans la Genèse, l'humanité se rebelle contre Dieu. Pharaon tente de neutraliser les Israélites en les réduisant brutalement en esclavage et en les soumettant à de pénibles travaux physiques. Et rajoutant l'infamie à son injustice, il ordonne que tous les petits garçons israélites soient noyés dans le Nil.
Ce Pharaon est, jusqu'ici, le pire personnage de la Bible, et à la tête d'un royaume qui incarne la rébellion de l'humanité contre Dieu. Pharaon a tellement redéfini le bien et le mal selon ses intérêts que le meurtre d'enfants innocents lui semble désormais « bien ». L'Égypte surpasse désormais Babylone en impiété, et Israël crie de détresse contre cette nouvelle forme de mal. Dieu répond en commençant par renverser le complot maléfique de Pharaon. Une mère israélite abrite son fils dans un panier qu'elle pose sur le Nil, d'où l'enfant est emporté par le courant jusqu'à la famille de Pharaon. Ce garçon s'appelle Moïse, et il finit par devenir l'homme que Dieu utilisera pour triompher de Pharaon.
Dans la fameuse histoire du buisson ardent, Dieu apparaît à Moïse et le charge d’aller se rendre auprès de Pharaon pour lui ordonner de libérer les Israélites. Et Dieu le prévient que Pharaon résistera. Mais Dieu entend exercer sa justice sur l'Égypte sous forme de plaies et endurcir le cœur de Pharaon.
Exode 5-15 : Les dix plaies et le cœur endurci de Pharaon
La confrontation entre Dieu et Pharaon est au cœur de ce récit, mais qu'entend-on par « Dieu endurcira son cœur » ? Il est important de lire attentivement et graduellement cette partie du récit. Lors de la première rencontre entre Moïse et Pharaon, il est simplement dit que le cœur de Pharaon « s'endurcit », sans aucune implication de la part de Dieu.
Dieu envoie alors la première série de cinq plaies, chacune visant Pharaon et ses dieux. À chaque fois, Moïse offre à Pharaon une chance de faire preuve d'humilité et de laisser partir le peuple. Cependant, après chaque plaie, il est dit que Pharaon « endurcit son cœur » ou que son « cœur s'est endurci ». Il le fait de son plein gré. Ce n'est que dans la seconde série des cinq plaies que nous commençons à entendre dire que Dieu a endurci le cœur de Pharaon.
En clair, même si Dieu savait que Pharaon résisterait à sa volonté, il lui a quand même laissé plusieurs chances de faire le bon choix. En fin de compte, la méchanceté de Pharaon atteint un tel point de non-retour, que même ses conseillers croient qu'il a perdu la raison. C'est à ce moment-là que Dieu prend les choses en mains, faisant en sorte que le mal de Pharaon serve ses propres projets de rédemption. Il attire Pharaon vers sa propre destruction et sauve son peuple.
La nuit de la Pâque, Dieu se sert de la dernière plaie pour renverser la situation au détriment de Pharaon. Tout comme Pharaon a massacré les fils des Israélites, Dieu fera mourir les fils premiers-nés de l'Égypte. Et pourtant, contrairement à Pharaon, Dieu offrira une esquive au sort funeste à travers le sang d'un agneau.
L'histoire s'interrompt pour une immersion dans le rituel annuel israélite de la Pâque (Exo. 12-13). La nuit précédant le départ d'Israël d'Égypte, ils sacrifièrent un jeune agneau sans défaut dont ils répandirent le sang sur l'encadrement des portes de leurs maisons. En s'abattant sur l'Égypte, la plaie divine dut « passer outre » les maisons recouvertes du sang de l'agneau dont les fils furent sauvés. Depuis lors, les Israélites rééditent, chaque année, le rituel de cette nuit pour commémorer et célébrer la justice et la miséricorde de Dieu.
À cause de son orgueil et de sa rébellion, Pharaon perd son fils et est finalement contraint de libérer les Israélites. Les esclaves israélites s'enfuient d'Égypte, mais dès leur départ, Pharaon change d'avis. Il rassemble son armée et se lance à leur poursuite pour une confrontation finale, certain de les massacrer au bord de la mer. Cependant, les Israélites se précipitent dans la mer et se retrouvent à marcher sur un chemin sec que Dieu a fourni. Mais lorsque Pharaon les suit, les eaux le submergent et l'engloutissent.

Cette partie du livre de l'Exode se termine par le premier cantique de louange de la Bible, appelé « Le Cantique de la mer » (Exo. 15). Le dernier vers déclare que « l'Éternel règne en souverain », dans ce cantique qui est un rendu poétique des principes du royaume de Dieu. Dieu est en mission pour combattre le mal dans ce monde, racheter ceux qui sont esclaves du mal et les conduire en terre promise, où sa présence divine demeurera parmi eux. Ainsi vont les choses lorsque Dieu devient le Roi de son peuple.
Exode 16-18 : Murmures dans le désert
À peine le peuple eut-il fini de chanter que l'histoire prit une tournure surprenante. Dans leur longue marche à travers le désert vers le Mont Sinaï, les Israélites sont affamés et très assoiffés. Dans leur désarroi, ils se mettent à reprocher à Moïse et à Dieu de les avoir sortis d'Égypte ! Même si Dieu a eu la bonté de fournir à manger et à boire à son peuple, ces incidents ont jeté une ombre sur la relation. En tant que lecteurs, nous nous interrogeons sur la possibilité que le cœur d'Israël soit aussi endurci que celui de Pharaon. Et c'est avec cette question en boucle à l'esprit que nous abordons le récit relatant l'expérience d'Israël au Mont Sinaï.
Exode 19-31 : L'alliance du Sinaï

La seconde moitié du livre de l'Exode reprend juste au moment où Moïse conduit Israël au pied du Mont Sinaï (Ex. 19), où Dieu invite la nation à nouer une relation d'alliance. Nous arrivons ici à une autre étape majeure du vaste récit que représente la Bible. Cet événement marque une nouvelle étape dans l'accomplissement de la promesse faite à Abraham : par lui et sa famille, Dieu rétablira sa bénédiction pour toutes les nations (Gen 12; Gen.15; Gen 17). Dieu déclare que si le peuple d'Israël respecte les termes de l'alliance, il deviendra un « royaume de prêtres » (Exo. 19:6), agissant tels des représentants de Dieu auprès des nations en reflétant son caractère par leur mode de vie. Permettant ainsi à la justice et à la miséricorde de Dieu de s'étendre aux nations.
Le peuple accepte l'offre avec enthousiasme, et la présence de Dieu se manifeste sur la montagne sous forme de nuée. Moïse y monte en tant que représentant du peuple, et Dieu commence par lui donner les fondements de l'alliance, les fameux Dix Commandements. Ces règles fondamentales définissent les contours de la relation entre Dieu et les Israélites, puis celle entre eux. Après cela, il y a un recueil de cinquante-deux autres commandements, qui développent les dix premiers de manière plus détaillée. Il comprend des lois relatives au culte et à la justice sociale en Israël, qui définissent la manière dont Israël devait vivre différemment des autres nations. Moïse rédigea toutes ces lois et les présenta au peuple, qui accepta avec enthousiasme les termes de l'alliance.
Dieu franchit alors une nouvelle étape dans cette relation. Il révèle à Moïse son souhait d'avoir sa sainte et divine présence demeurer au sein d'Israël. Ce qui développe un autre aspect de la promesse originelle de l'alliance que Dieu a faite dans la Genèse. Après la rébellion de l'humanité dans le jardin, la présence de Dieu n'était plus accessible. Cependant, à travers la famille d'Abraham, la présence de Dieu est redevenue accessible, d'abord à Israël au mont Sinaï, et par la suite à toutes les nations.
Les sept chapitres suivants (Exo. 25-31) détaillent les plans architecturaux d'une tente sacrée appelée le tabernacle. Le tabernacle comprend un parvis extérieur avec un autel, ainsi qu'une pièce extérieure et une pièce intérieure au centre de la tente. Dans cette pièce intérieure, appelée le lieu très saint, se trouve un coffre d'or orné de créatures angéliques : l'arche de l'alliance. Cette arche est considérée comme le « siège » de la présence de Dieu.
Ces chapitres foisonnent de détails, mais il est important de comprendre que chaque partie a une portée symbolique. Les motifs floraux, les créatures angéliques, l'or et les pierres précieuses rappellent le jardin d'Éden, où Dieu et l'humanité vivaient dans une communion intime. En somme, le tabernacle est un Éden portable où Dieu et Israël peuvent vivre ensemble en paix. Du moins, c'est ce qui était prévu en théorie, mais les choses tournent mal et Israël rompt l'alliance.
Exode 32-40 : La rébellion d'Israël dans le désert
Pendant que Moïse est sur la montagne à recevoir les plans du tabernacle, les Israélites perdent patience dans le camp. Ils demandent à Aaron, le frère de Moïse, de leur fabriquer une idole en forme de veau d'or afin de l'adorer comme le dieu qui les a sauvés de l'esclavage en Égypte. Alors même que la présence de Dieu plane au sommet de la montagne, ils enfreignent déjà les deux premiers commandements de l'alliance : pas d'idoles et pas d'autres dieux.
Ce qui suit est crucial pour la suite du récit biblique et pour notre compréhension du caractère de Dieu. Dieu s’ouvre d'abord à Moïse sur sa colère et sa douleur. Il lui exprime tout ce qu'il ressent et déclare qu'il veut anéantir toute la nation d'Israël. Après avoir écouté Dieu, Moïse le supplie en évoquant son caractère, en lui disant que cela reviendrait à ne pas tenir les promesses de son alliance avec Abraham. Moïse évoque également la réputation de Dieu parmi les nations. Que penseraient les Égyptiens s'il laissait le peuple d'Israël mourir dans le désert ? Dieu agrée la prière de Moïse et revient sur sa décision. Bien que Dieu fasse justice à ceux qui ont entraîné le peuple dans l'idolâtrie, il pardonne à la nation dans son ensemble et renouvelle l'alliance. C'est à ce moment-là que Dieu se décrit à Moïse. « L’Éternel plein de compassion et de grâce, lent à se mettre en colère, et riche en amour et en fidélité ! Il pardonne le crime, la faute et le péché, mais ne tient pas le coupable pour innocent » (Exo. 34:6-7). En d'autres termes, Dieu a beau être plein de miséricorde, sa bonté l'oblige à confronter le mal à un moment. Par-dessus tout, Dieu demeure fidèle à ses promesses, même lorsque cela signifie s'engager envers des personnes qui lui sont infidèles.

Après avoir renouvelé l'alliance, Dieu charge Moïse de construire le tabernacle, comme le décrivent en détail les cinq chapitres suivants (Exo. 35-39). Tout trouve son accomplissement dans le dernier chapitre. (Exo. 40). Le tabernacle est achevé, et la glorieuse présence de Dieu descend sur la tente. Nous sommes pleins d'espoir ! Mais alors que Moïse s'apprête à entrer dans la tente, il réalise qu'il ne peut pas. L'accès lui en est interdit, et le livre de l'Exode s'achève sur cette note abrupte.
Nous réalisons maintenant que le péché d'Israël a endommagé sa relation avec Dieu de manière plus profonde que nous ne l'avions imaginé. Le livre s'ouvre peut-être sur le grand méchant Pharaon qui menace Israël, mais au fil du récit et jusqu'à la fin du livre, Israël est devenu son propre et pire ennemi. Le péché et l'idolâtrie du peuple de Dieu constituent désormais la plus grande menace aux promesses d'alliance. Comment Dieu parviendra-t-il à concilier l'incompatibilité de sa sainte et bonne présence avec le péché et la corruption de son propre peuple ? La réponse à cette question constitue le sujet du livre suivant, le Lévitique.
Foire Aux Questions
Vous trouverez ci-dessous, certaines questions les plus couramment posées en ligne au sujet de ce livre.
Le livre de l'Exode établie un modèle de salut qui se répète tout au long de la Bible. En délivrant son peuple de l'esclavage en Égypte, Dieu réitère son désir constant de sauver les gens de l'oppression et de la mort. Et l'Exode montre que le but ultime de la délivrance de Dieu est d'inviter les gens à vivre en sa présence. Après avoir fait sortir les Israélites d'Égypte, Dieu noue une relation d'alliance avec eux ; il leur donne la sagesse nécessaire pour vivre en reflétant leur identité de peuple émanant de lui. Il leur demande également de construire une tente portable, le tabernacle, où il pourra demeurer parmi eux pendant leur traversée du désert vers la terre qu'il a promise à leurs ancêtres.
Le modèle de l'Exode s'accomplit pleinement en Jésus. Sa vie, sa mort et sa résurrection frayent un chemin pour ses disciples qu'il extirpe de la mort pour les conduire vers la nouvelle terre promise, le royaume des cieux. Lorsque le Fils de Dieu devient humain, Jean 1:14 déclare qu'il « a vécu parmi nous », en usant d'un verbe (skenoo*) qui est dérivé du mot grec signifiant « tabernacle » (skene). En d'autres termes, Jésus devient le nouveau tabernacle où la présence de Dieu réside au milieu de son peuple. Il établit également une « nouvelle alliance » (Luc 22:20), invitant chacun à nouer une relation d'alliance avec lui afin de suivre ses traces menant vers une nouvelle vie.
Bien que la Bible ne mentionne pas explicitement pourquoi Dieu a choisi Moïse pour sortir les Israélites de l'esclavage en Égypte, elle donne des indices montrant que Moïse avait le profil idéal pour cette mission. La vie de Moïse présente de nombreux parallèles avec l'Exode d'Israël et en constitue une préfiguration, ce qui le prépare de manière unique à conduire le peuple.
Enfant, Moïse est condamné à mort par le décret de Pharaon ordonnant que tous les bébés mâles israélites soient jetés dans le Nil (Exo. 1:22). La mère de Moïse finit, dans un sens, par obéir à l'ordre de Pharaon, sauf qu'elle le met dans une « arche » protectrice (tevah, en hébreu Exo. 2:3 ; voir aussi Gen. 6:14). Il est ensuite sauvé des eaux de la mort quand la fille de Pharaon le retire du fleuve et décide de l'adopter comme son fils. Pour avoir connu la délivrance de Dieu par cet exode personnel, Moïse devrait être en mesure de le croire capable de secourir Israël.
En Égypte, Moïse est sensible au sort de son peuple, une compassion qui le pousse à tuer un contremaître égyptien qui battait un esclave israélite (Exo. 2:11-12). Son aspiration à sauver son peuple est noble, mais son acte est dépourvu de discernement. Il ne prend pas la peine de discerner la volonté de Dieu concernant le moment et les moyens par lesquels Dieu prévoit d'apporter la délivrance.
Bien que les expériences et les traits de caractère de Moïse le qualifient spécifiquement pour diriger les Israélites, il hésite à accepter la mission. Dieu donne donc à Moïse l'assurance qu'il sera avec lui (Exo. 3:11-12). Moïse délivrera le peuple par la toute puissance de Dieu, et non en s'appuyant sur sa propre force.
Au moment où Dieu appelle Moïse à sortir les Israélites d'Égypte, Moïse demande à Dieu de lui révéler son nom. Dans l'antiquité, les noms reflétaient l'identité et le caractère d'une personne. Alors, Dieu répond : « Je suis (‘ehyeh, en hébreu) qui je suis (’ehyeh) » (Exo. 3:14), qui est lié au nom que Dieu a révélé de lui-même : Yahweh.
Le verbe hébreu hayah, qui figure dans les deux formes du nom de Dieu, traduit le caractère perpétuel, autonome et immuable de son existence. Son existence ne dépend de rien ni de personne. Il est, tout simplement. Il est celui qui amène à l'existence tout ce qui est, et son caractère est empreint de constance et de fiabilité.»
« Je suis celui qui suis » est intrinsèquement lié au désir que Dieu a d'être avec son peuple. Lorsque Dieu appelle Moïse pour une mission complexe, il est d'abord réticent. Comment lui, un berger exilé, peut-il libérer un peuple asservi par une puissance de l'envergure de l'Égypte ? Patient face à ses doutes et ses craintes, Dieu déclare : « Je serai ('ehyeh) avec toi » (Exo. 3:12). En insérant partiellement son nom dans la promesse faite à Moïse, Dieu cimente la promesse par un engagement gravé du sceau de son identité et de son caractère. Il est le Dieu de l'exode, qui libère fidèlement son peuple de l'oppression et l'amène à vivre avec lui.
Lorsque Dieu demande à Moïse d'aller sauver les Israélites de l'oppression en Égypte, Moïse craint que le peuple ne doute de son mandat divin. Alors, Dieu donne à Moïse trois signes attestant son autorité. Tout d'abord, il ordonne à Moïse de jeter son bâton. Une fois au sol, le bâton prend la forme d'un serpent et pris de peur, Moïse s’enfuit. Mais Dieu l'invite à « tendre » (shalakh) sa main et à prendre le serpent par la queue. Lorsqu'il le fait, le serpent reprend sa forme de bâton. Saisir le serpent par la queue est risqué, car sa tête reste libre de frapper. L'attitude de Moïse témoigne donc de sa confiance dans la protection de Dieu. Cette action de Moïse reflète donc sa confiance en la protection de Dieu. Mais elle a également une portée symbolique beaucoup plus profonde.
Dans l'Égypte ancienne, le pharaon était souvent associé à l'image d'un serpent ; sa coiffe arborait l'Uraeus, un cobra. Dans l'instruction donnée à Moïse « d'étendre (shalakh) » la main pour attraper le serpent, Dieu reprend délibérément les mots de sa promesse antérieure : « J'étendrai (shalakh) la main et je frapperai l'Egypte en y faisant toutes sortes de choses étonnantes. Après cela il vous laissera partir. » (Exode. 3:20 NBS) En demandant à Moïse d'étendre la main vers le serpent, Dieu montre qu'il donne à Moïse une autorité supérieure à celle de Pharaon, et qu'il s'associe à lui pour accomplir sa promesse.
Dans la Bible, le pharaon de type reptilien rappelle également le serpent de Genèse 3, qui incarne le mal et la rébellion contre Dieu. En étendant la main contre le serpent, Moïse préfigure l'accomplissement de la promesse divine de la descendance d'Ève écrasant la tête du serpent (Gen. 3:15).
Après avoir demandé à Moïse de retourner en Égypte pour libérer son peuple de l'esclavage, Dieu vient le croiser en chemin et cherche à le tuer (Exo. 4:24-26). Mais pourquoi Dieu voudrait-il tuer son propre messager ?
Deux principales hypothèses vont de pair avec cette question. La première est liée à l'incapacité de Moïse à circoncire son fils Gershom. En tant que descendants d'Abraham, Moïse et toute la communauté d'Israël sont rattachés à Dieu par une relation d'alliance. À ce stade de l'histoire, les Israélites doivent observer une seule pratique pour maintenir cette alliance : la circoncision. Celui dont le fils n'aura pas été circoncis sera retranché de la communauté (Gen. 17:9-14). Comment Moïse peut-il donc assumer le rôle de chef d'Israël s'il refuse de circoncire son propre fils ?
La seconde hypothèse derrière la menace qui plane sur la vie de Moïse, est son passé. Avant de fuir Pharaon, Moïse tue un Égyptien (Exo. 2:12). Dieu a déjà clarifié que le principe d'une vie pour une vie s'applique aux auteurs de meurtres (Gen. 9:5-6). Par conséquent, le fait d'ôter la vie à quelqu'un a des répercussions évidentes dans ce récit. Dieu vient de dire qu'il tuera le fils aîné de Pharaon en réponse aux meurtres et maltraitance que Pharaon a infligés au peuple israélite (Exo. 4:22-23; voir 1:8-22). Or, Moïse est lui aussi coupable de meurtre. Lorsque Pharaon apprend que Moïse a tué un Égyptien, il « cherche » (baqash) à le tuer, mais Moïse s'enfuit à Madian (Exo. 2:15). Ainsi, quand Dieu cherche (baqash) à faire mourir Moïse, c'est peut-être pour lui réclamer justice face à un crime resté impuni.
Mais Séphora, la femme de Moïse, résout rapidement ces deux problèmes en circoncisant son fils. Bien que non-Israélite, elle comprend clairement l'importance de la circoncision pour la communauté d'alliance de Dieu. En versant le sang du fils et en « touchant » (naga‘) les pieds de Moïse avec le prépuce, le geste de Séphora préfigure la Pâque. Quand le sang de l'agneau de Pâque touche (naga‘) l'encadrement des portes des maisons, ceux qui se trouvent à l'intérieur sont préservés du jugement de Dieu contre Pharaon pour ses actes sanguinaires.
Le tabernacle est un temple mobile où la présence de Dieu demeure avec Israël tout le temps que dure leur traversée du désert. Après avoir libéré les Israélites de l'esclavage en Égypte, Dieu donne à Moïse des instructions pour construire le tabernacle au mont Sinaï (Exo. 25-31). Une fois le tabernacle achevé, la présence de Dieu descend du sommet de la montagne pour demeurer dans ce cadre soigneusement charpenté (Exo. 40:34-35).
Le tabernacle est divisé en trois parties, chacune destinée à un usage spécifique. Le parvis extérieur est un espace où tout le peuple peut apporter ses offrandes à Dieu. Dans cet espace se trouve le lieu saint, où seuls les prêtres peuvent entrer pour exécuter leurs offices. Et au-delà du lieu Saint se trouve le Saint des Saints, où la présence de Dieu est palpable. Seul le grand prêtre peut entrer dans cette pièce intérieure, et une seule fois par an, au Jour des Expiations (Lév. 16).
Le tabernacle est délibérément conçu pour évoquer le jardin d'Eden. Le chandelier du tabernacle, avec ses branches et sa floraison (Exo. 25:31-40), rappelle l'arbre de vie. Et les chérubins trônant dans le Saint des Saints (Exo. 25:16-22) font écho aux chérubins qui gardent l'entrée du jardin après que les humains furent chassés (Gen. 3:24). Par ailleurs, Dieu donne à Moïse des instructions relatives au tabernacle en sept discours, faisant écho au récit des sept jours de la création. Ces parallèles révèlent que le Tabernacle, tout comme le jardin, est un lieu de rencontre entre Ciel et Terre, où Dieu demeure au milieu de son peuple.
DansExode 25-31, Dieu donne à Moïse des instructions détaillées pour la construction du tabernacle. Et quelques chapitres plus loin (Exo. 35-40), bon nombre de ces détails sont répétés quand le peuple construit le tabernacle. Pour comprendre pourquoi le livre contient autant de répétitions, il est utile d'examiner le récit qui se déroule entre ces deux parties (Exo. 32-34).
Lorsque Moïse descend du mont Sinaï avec les plans du tabernacle, Moïse trouve le peuple d'Israël en train d'adorer un veau d'or (Exo. 32:1-19). Après avoir accepté de nouer une relation d'alliance particulière avec Dieu (Exo. 19:4-8), ils rompent presque immédiatement cette alliance, en se fabriquant une idole (voir Exo. 20:4-6). Ceci menace la capacité des Israélites à vivre en présence de Dieu et met la construction du tabernacle en suspens. Dieu choisira-t-il quand même de demeurer avec eux ?
Moïse intercède en faveur du peuple et malgré son infidelité, Dieu rétablit sa relation d'alliance avec eux (Exo. 34:27-28). Ainsi Exode 35-40 célèbre le fait que les Israélites peuvent désormais poursuivre la construction du tabernacle, afin que la présence de Dieu descende et demeure au milieu d'eux.
Dans Exode 34:6-7, Dieu se décrit ainsi :
« Yahweh, Yahweh, Un Dieu compatissant et plein de grâce, lent à la colère, et riche en amour loyal et en fidélité, qui conserve son amour loyal à des milliers, pardonne l'iniquité, la transgression et le péché, bien qu'il ne déclare pas [le coupable] complètement innocent, et reporte l'iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, jusqu'à la troisième et la quatrième. » (Traduction de BibleProject)
Ces propos sont formulés à un moment crucial de l'histoire d'Israël. Le peuple vient d'accepter l'invitation de Dieu de nouer une relation d'alliance. Mais ils rompent ensuite leur engagement en adorant une idole. Comment Dieu réagira-t-il à l'infidélité du peuple ?
C'est dans cette incertitude que Dieu décrit son caractère à Moïse. Par la suite, il fait preuve de compassion, de grâce, d'amour loyal et de fidélité en renouvelant son alliance avec Israël (Exo. 34:27-28). Même après que le peuple ai échoué à tenir sa promesse, il continue de renouveler sa relation d'alliance avec eux.
Pour certains d'entre nous, le dernier vers de ce poème soulève une question : Dieu jugera-t-il injustement les enfants pour les choix de leurs parents ? Pourtant, d'autres passages, comme Deutéronome 24:16 (DAR), indiquent clairement que Dieu ne punit pas les innocents pour les fautes des coupables : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils, les fils ne seront pas mis à mort pour les pères ; chacun sera mis à mort pour son propre péché. »
Dans sa manière de se décrire, Dieu révèle traiter avec sérieux les actes d'injustice et d'infidélité des humains. Et cela nous rappelle que les comportements nocifs se transmettent souvent d'une génération à l'autre. Mais si Dieu punit les fautes, le passage souligne que son amour loyal et son pardon surpassent de loin son jugement pour s'étendre à des milliers.
Ces paroles qui décrivent le caractère de Dieu sont d'une telle importance qu'elles sont reprises ou évoquées dans le reste de la Bible plus souvent que tout autre passage (voir, notamment Deut. 5:9-10; Ps. 86:15; Dan. 9:4). Ainsi, Exode 34:6-7 nous donne un aperçu clé du caractère de Dieu.

