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Philippiens

À propos

Philippiens
9:14
Panoramas du Nouveau Testament
Philippiens

L'église de Philippes était la première communauté de Jésus que Paul avait fondée en Europe orientale (Actes 16). Philippes était une colonie romaine dans la Macédoine antique peuplée de soldats à la retraite et connue pour son nationalisme patriotique. Ainsi, Paul y a rencontré de la résistance pour avoir annoncé Jésus comme le véritable roi du monde. Après le départ de Paul, les nouveaux disciples de Jésus ont continué à subir la persécution, mais ils sont restés une communauté dynamique et fidèle à la voie de Jésus.

Paul leur a envoyé cette lettre pendant l'un de ses nombreux emprisonnements pour une raison très pratique. Les Philippiens avaient envoyé l'un de leurs membres, Épaphrodite, pour apporter un don financier à Paul et pour le soutenir en prison. Paul a renvoyé cette lettre aux bons soins d'Épaphrodite, remerciant la communauté pour son généreux don avec un message en prime.

La conception de cette lettre ne développe pas une seule idée du début à la fin, contrairement à certaines autres lettres de Paul. Paul a plutôt rédigé une série de courts essais ou vignettes réflexives, tous axés sur le centre de gravité de cette lettre, le poème du chapitre 2. Il y raconte de manière artistique l'histoire de l'incarnation, de la vie, de la mort, de la résurrection et de l'exaltation du Messie. Dans chaque capsule de la lettre, Paul reprend des mots et des idées clés du poème pour montrer que la vie chrétienne implique de considérer sa propre histoire comme une expression vivante de l'histoire de Jésus.

Philippiens 1:1-26 : Gratitude de Paul envers les Philippiens

Le chapitre 1 commence par une prière de gratitude, dans laquelle Paul remercie Dieu pour la générosité et la fidélité des Philippiens. Il exprime sa confiance dans le fait que l'œuvre transformatrice que Dieu a entamée dans leur vie continuera de se développer en des expressions plus belles et plus significatives de fidélité et d'amour.

Paul met alors en évidence la préoccupation évidente du moment : son statut en prison. Si le séjour dans une prison romaine n'a rien d'agréable, cela a paradoxalement contribué à faire connaître la bonne nouvelle de Jésus. Tous les gardes et administrateurs romains savent que Paul est en prison pour avoir annoncé Jésus comme le Seigneur ressuscité. En outre, son incarcération a ravivé l'assurance des autres chrétiens qui se sont mis à parler plus ouvertement de Jésus.

Bien que Paul soit optimiste quant à sa libération, il est néanmoins possible qu'il soit exécuté. Alors qu'il réfléchit davantage à ce fait, il décide que mourir serait en réalité préférable à vivre. « Pour moi, le Messie est ma vie et la mort m'est un gain » (Phi. 1:21). Pour Paul, sa vie actuelle et future est définie par la vie et l'amour de Jésus. S'il était exécuté, il rejoindrait Jésus, une perspective formidable pour lui. Mais s'il était libéré, il pourrait continuer de créer d'autres communautés de Jésus, ce qui serait mieux pour les autres. Il est important de noter le raisonnement qu'il tient ici. Pour Paul, mourir pour Jésus n'est pas un véritable sacrifice ; le véritable sacrifice est de rester en vie pour servir les autres. C'est sa manière de prendre part à l'histoire de Jésus, qui a souffert afin d'aimer les autres plus que lui-même.

Philippiens 1:27-2:18 : Imiter Jésus, en pensée et en action

Paul porte son attention sur les Philippiens, les exhortant à suivre l'exemple de Jésus en adoptant la même mentalité. Il leur dit de « mener une vie qui soit digne de la bonne nouvelle du Messie » (Phil. 1:27).

Cela conduit Paul au magnifique poème du chapitre 2, riche en échos de textes clés de l'Ancien Testament, notamment l'histoire d'Adam et sa rébellion dans Genèse 1-3, ainsi que les poèmes sur le serviteur meurtri dans Ésaïe 45 et 52-53. Ce poème mérite d'être mémorisé comme une magnifique version condensée du récit de l'Évangile.

Avant de devenir humain, le Messie préexistait dans un état de gloire égal à celui de Dieu (Phil. 2:6). Contrairement à Adam, qui a tenté de s'approprier l'égalité avec Dieu, le Messie a choisi de ne pas exploiter son statut d'égalité à son avantage personnel. Il s'est plutôt dépouillé de son statut pour devenir humain, le serviteur de tous. Il s'est même laissé humilier et a été obéissant au Père en allant jusqu'à la mort sur un instrument de torture romain. Par la puissance et la grâce de Dieu, la mort honteuse du Messie a été renversée par la résurrection, exaltant ainsi Jésus au plus haut rang comme Roi de tous. Il a reçu le nom au-dessus de tous les noms afin que toute la création puisse désormais reconnaître que « Jésus le Messie est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »

Cette dernière déclaration est stupéfiante, car Paul cite Ésaïe 45:23, un passage dans lequel toute la création reconnaît le Dieu d'Israël comme Seigneur. Le point de vue de Paul est clair : en Jésus crucifié et ressuscité, nous découvrons que le seul vrai Dieu d'Israël est composé de Dieu le Père et du Seigneur Jésus. Pour Paul, ce poème exprime ses convictions sur qui est Jésus, mais il fait plus que cela. Il présente Jésus comme l'archétype d'un mode de vie que ses disciples doivent imiter.

Philippiens 2:19-30 : Vivre l'histoire de Jésus

Paul poursuit immédiatement cette idée d'imiter Jésus avec deux histoires sur Timothée et Épaphrodite car ils sont tous deux des exemples de personnes qui vivent l'histoire de Jésus. Timothée ressemble à Jésus par sa tendance à constamment prioriser le bien-être des autres par rapport au sien, prêt à se sacrifier pour les servir. Épaphrodite, que les Philippiens avaient envoyé avec leur don, finit par risquer sa vie pour servir Paul en prison. Il fut gravement malade et même à l'article de la mort, alors qu'il aidait Paul. Heureusement, Dieu a eu pitié de lui, épargnant à Paul la perte d'un ami. Paul souligne ainsi que ces personnes sont des exemples vivants de la vie et de l'histoire de Jésus et sont dignes d'être imitées.

Philippiens 3:1-4:1 : Paul imite Jésus par sa vie

Paul prend ensuite sa propre histoire à titre d’exemple. Les chrétiens qui avaient exigé la circoncision des non-Juifs (souvenez-vous du livre des Galates) continuent de causer des problèmes à Paul. Ils lui rappellent son propre passé troublé, lorsqu'il était un persécuteur des disciples de Jésus et tentait de montrer sa droiture devant Dieu par une obéissance zélée à la Torah. Tout comme Jésus, Paul a renoncé à son statut et à son honneur, considérant désormais tout cela comme du fumier (le mot grec qu'il utilise est moins poli !). Il est devenu un serviteur comme Jésus, partageant sa souffrance et son amour sacrificiel. Paul poursuit ses œuvres avec l'espérance chevillée au corps, que la grâce et l'amour de Jésus le porteront au travers de la mort, puis au sortir de celle-ci, dans la vie de résurrection.

Paul dit que, pour les disciples de Jésus, leur véritable citoyenneté est dans le ciel (Phil. 3:20). Il prévient néanmoins qu'il n'est pas question de tous nous empresser de quitter la Terre en direction du Ciel. Le Ciel est plutôt le lieu transcendant où Jésus est Roi de la création. Paul nous invite à attendre avec expectative que notre sauveur royal revienne de là-haut, apportant sa justice réparatrice et son amour transformateur ici-bas, pour instaurer la nouvelle création.

Philippiens 4:2-23 : Vivre humblement et avec espérance

Paul exhorte les Philippiens à continuer à vivre l'histoire de Jésus et s'adresse à deux femmes éminentes de l'Église qui ont travaillé à ses côtés. Une sorte de conflit les oppose, donc Paul les encourage à suivre l’exemple d’humilité de Jésus : se réconcilier et rester unies. Paul conseille également aux Philippiens de ne pas se laisser brider par la peur. Face à la persécution, qu'ils expriment librement leurs besoins et émotions à Dieu, qui leur accordera la paix. Et cette paix, précise Paul, vient lorsque l'on oriente ses pensées sur ce qui est bon et agréable. Il y a toujours quelque chose dont on peut se plaindre, mais un disciple de Jésus sait que toute vie est un don. Nous pouvons choisir de discerner la beauté et la grâce dans chaque situation.

Cela nous conduit à la conclusion de la lettre. Paul renouvelle ses remerciements aux Philippiens pour leur don sacrificiel, et tient à leur faire savoir que ses incarcérations et ses périodes de pauvreté ne sont pas si éprouvantes. Ils sont devenus ses meilleurs enseignants, lui montrant que, quelles que soient les circonstances, il existe un secret pour atteindre le bonheur. Il s'agit simplement de dépendre de « celui qui le fortifie » (Phil. 4:12-13). Paul en est venu à considérer sa souffrance comme une manière de prendre part à l'histoire de Jésus.

Cette lettre aux Philippiens nous donne un aperçu unique de l'esprit et du cœur de Paul. Il voyait sa vie entière comme une reconstitution de l'histoire de Jésus. L'on perçoit aisément son lien avec le Messie et combien l'amour et la présence de Jésus lui sont intimement proches, plus encore que sa propre peau. Ce qui a suscité en lui, espoir et humilité aux heures les plus sombres. Paul nous montre que connaître Jésus est, au fond, une rencontre profondément personnelle et transformatrice. C'est le Jésus que Paul invite les autres à suivre, et c'est ce dont il est question dans sa lettre aux Philippiens.