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Habacuc

À propos

Habacuc
6:49
Panoramas de l'Ancien Testament
Habacuc

Un aspect important du TaNaK, l'ordre ancien de la Bible hébraïque, est que les 12 œuvres prophétiques allant d'Osée à Malachie, parfois appelées les Prophètes mineurs, ont été conçues comme un seul livre intitulé Les Douze. Habacuc est le huitième livre des Douze.

Habacuc a vécu au cours des dernières décennies de Juda, le royaume méridional d'Israël. C'était une époque marquée par l'injustice et l'idolâtrie au cours de laquelle il a vu la menace grandissante de l'empire babylonien pointer à l'horizon. Contrairement aux autres prophètes hébreux, Habacuc n'accuse pas Israël et ne s'adresse même pas au peuple de la part de Dieu. Toutes ses paroles s'adressent plutôt à Dieu. Dans son livre, Habacuc nous raconte ses difficultés personnelles à croire en la bonté de Dieu alors que les tragédies et le mal foisonnent dans le monde.

Bon nombre des paroles d'Habacuc sont, dans les faits, des poèmes où il se lamente dans un style similaire aux lamentations du livre des Psaumes. Dans une lamentation, le poète formule une complainte afin d'attirer l'attention de Dieu sur la souffrance et l'injustice dans le monde, puis exige que Dieu agisse. Avoir conscience de ce fait est la clé pour comprendre la conception et le message de ce petit livre. La structure des chapitres 1 et 2 épouse les interactions sur fond de désaccords entre Dieu et Habacuc. Le prophète formule deux plaintes (Hab. 1:2-4 ; Hab. 1:12-2:1), auxquelles Dieu apporte deux réponses (Hab. 1:5-11 ; Hab. 2:2-5).

Habacuc 1-2a : Habacuc déplore l'injustice d'Israël et Dieu répond

Dans les versets 1:2-4, Habacuc se plaint tout d'abord de l'horrible qualité de vie qui prévaut en Israël. La Torah est négligée donc la violence et l'injustice sont devenues monnaie courante ; encore pire, cette situation est tolérée par les dirigeants corrompus d'Israël. C'est à cor et à cri qu'Habacuc implore Dieu d'agir, mais rien ne change.

Soudain, Dieu répond (Hab. 1:5-11) en disant qu'il est conscient de la profonde corruption qui règne au sein de son peuple et qu'il fera venir les armées de Babylone pour exécuter sa justice sur Israël la rebelle. À l'instar du message de Michée et d'Ésaïe, Dieu prévient qu'il se servira de ce terrifiant empire pour dévorer Israël en raison de son injustice et du mal commis.

Habacuc, qui formule une deuxième complainte (Hab. 1:12-2:1). Babylone, dit-il, est encore pire qu'Israël. Sa violence et sa corruption sont sans équivalent ; elle a divinisé sa propre puissance militaire et traite les humains comme des animaux, à les empiler tels des poissons dans un filet. Elle dévore les nations et les peuples par vagues, dans le seul but d'étendre son empire. Habacuc se demande comment un Dieu aussi saint, bon, et juste peut se choisir un peuple aussi corrompu comme instrument face à l'Histoire ? Il exige une explication puis se dépeint comme une sentinelle postée sur les remparts de la ville, à veiller en attendant la réponse de Dieu.

Dieu demande à Habacuc de prendre des tablettes où noter tout ce qu'il voit et entend, puis il lui envoie une vision d'un temps marqué dans l'avenir qui tarde peut-être à arriver, mais qui se manifestera certainement. Dieu lui dit également que « le juste vivra par sa foi » (Hab. 2:4) en l'espérance présentée dans cette vision.

Quelle est précisément la promesse divine qu'Habacuc doit mettre par écrit ? Dieu finira par détruire Babylone en utilisant le cycle interminable de violence et de vengeance initié par des nations de la même nature que Babylone. Le fait que Dieu se serve, pour un temps, d'une nation pervertie comme Babylone ne signifie pas qu'il approuve tout ce qu'elle fait. Toutes les nations doivent tôt ou tard répondre de leurs actes face à sa justice, et Babylone tombera au même titre que les autres nations qui agissent comme elle.

Habacuc 2b : Malheurs contre Babylone

La promesse de Dieu est ensuite développée à travers une série de cinq « malheurs » qui décrivent les formes typiques d'oppression et d'injustice perpétrées par des nations telles que Babylone. Les deux premiers visent les pratiques économiques abusives, notamment la manie des riches à facturer des intérêts exorbitants pour asservir les autres au joug de la dette et ainsi se constituer leur propre fortune par voie d'arnaques. Le troisième malheur dénonce le travail forcé et ceux qui traitent les humains comme des bêtes de somme, les menaçant de sévices en cas d'improductivité. Le quatrième vise l'abus d'alcool par des dirigeants irresponsables. Pendant que les autres souffrent sous leur mauvaise gouvernance, ils font la fête et dilapident leurs biens en lubricité et en beuveries. Le dernier malheur dénonce l'idolâtrie, véritable moteur des nations de ce type. Elles ont fait de l’argent, du pouvoir et de la sécurité nationale leurs dieux, leur prêtant une allégeance absolue, au point de devenir les esclaves de leur propre empire.

Dans les faits, les pratiques décrites ici ne sont pas le propre de Babylone, et c'est bien là le problème. Compte tenu de la condition humaine, la plupart des nations finissent par devenir Babylone. La réponse de Dieu à Habacuc devient donc la réponse de Dieu à toutes les générations futures, à tous ceux qui vivent dans un monde gouverné par d'autres formes de Babylone. Ce qui nous laisse face à une déroutante question ouverte : Dieu laissera-t-il ce cycle se perpétuer indéfiniment en laissant des empires de la trempe de Babylone se détruire mutuellement et son monde avec ?

Habacuc 3 : Confiance en Dieu et en sa justice ultime

Cette question est le sujet central du dernier chapitre. Il s'ouvre sur une prière d'Habacuc dans laquelle le prophète commence par implorer Dieu d'agir dans le présent comme il l'a fait par le passé, en renversant les nations corrompues. « Renouvelle ton œuvre de nos jours » (Hab. 3:2). Dans ce qui suit, Habacuc reprend un poème très ancien qui décrit une terrifiante et explosive apparition de Dieu dans une convergence notable de nuées, de feu et de tremblements de terre. Cela rappelle beaucoup les premiers poèmes de Michée et Nahum, ainsi que l'apparition de Dieu au mont Sinaï dans Exode 19-20. Lorsque le Créateur se manifestera pour combattre le mal humain, il ne pourra qu'être reconnu par tous.

Habacuc poursuit en assimilant la future défaite du mal parmi les nations à un exode à venir. Autant Dieu apparut en guerrier et fendit la mer lors de sa bataille contre Pharaon, Habacuc affirme que Dieu exercera une nouvelle fois son jugement sur « la tête de la maison du méchant ». Pharaon, tout comme Babylone, est un archétype des nations violentes. Alors que Dieu combattra le mal, il « sauvera son peuple et son oint » (Hab. 3:13) par la même occasion, une référence au futur roi issu de la lignée de David. Dans ce poème, le récit de l'Exode du passé est devenu l'allégorie d'un exode à venir que Dieu réalisera. Il triomphera encore une fois du mal et renversera les pharaons et les Babylones du monde, en rendant justice à tous les peuples et en secourant les opprimés et les innocents.

Cette promesse est ce qui permet à Habacuc d'achever le livre sur des louanges nourries par l'espérance. Même si le monde s'effondre à cause des famines, des sécheresses, des guerres ou de tout autre événement, il choisira de mettre sa confiance en Dieu et se réjouira de la promesse de l'alliance. Au terme de son livre, Habacuc devient la parfaite illustration de la manière dont « le juste vivra par sa foi ». Étant conscient que le monde, tout comme nos vies peuvent connaître des phases obscures et chaotiques, mais il voit aussi que cela nous invite à nous engager dans un parcours de la foi, ayant confiance que Dieu aime ce monde plus que nous ne l'imaginons et qu'un jour il mettra fin à son mal.