Michée
À propos

Un aspect important du TaNaK, l'ordre ancien de la Bible hébraïque, est que les 12 œuvres prophétiques allant d'Osée à Malachie, parfois appelées les Prophètes mineurs, ont été conçues comme un seul livre intitulé Les Douze. Michée est le sixième livre des Douze.
Michée habitait la petite ville de Moresheth, dans le royaume du sud, Juda, à la même époque qu'Ésaïe qui vivait à Jérusalem. La scission entre les royaumes du nord et du sud s'était opérée depuis longtemps, et tous deux continuaient de violer leur alliance avec le Dieu d'Israël. Michée dut les avertir que Dieu permettrait à l'empire assyrien de conquérir le nord et de ravager Jérusalem, et qu'après eux, Babylone causerait encore plus de dégâts. Comme tous les prophètes, Michée parla de la part de Dieu pour accuser Israël, ou, selon ses propres termes au chapitre 3 : « Je suis rempli de force, de l'Esprit de Dieu, de justice et de puissance pour dénoncer sa révolte à Jacob et à Israël son péché » (Mic. 3:8).
Ce livre est en grande partie consacré aux accusations et avertissements de Michée à propos du jugement imminent de Dieu sur Israël, mais à contre-pied de tout ceci, Michée avait aussi un message d'espoir qui parlait de la restauration que Dieu effectuerait dans l'avenir.
Michée 1-4a : Les dirigeants d'Israël accusés d'injustice
Les deux premières sections du livre de Michée développent les accusations et les avertissements du prophète à l'encontre d'Israël et de ses dirigeants. Le chapitre 1 s'ouvre sur une description poétique de l'apparition de Dieu au-dessus d'Israël, telle qu'au Mont Sinaï, accompagné de feu, de fumée et de tremblements de terre. Contrairement à l'époque du Mont Sinaï, Dieu n'est pas venu sceller une nouvelle alliance, mais pour exécuter sur eux, son jugement sanctionnant plus de 500 ans de rébellion. Michée énumère ensuite une liste de villes en Israël, telles que Shapir, Gath, Jérusalem, Lakish et Adullam, toutes coupables de cette rébellion, en prévenant que Dieu viendra les punir. Mais pourquoi au juste ?
Michée provoque les dirigeants d'Israël, Il dit qu'ils sont devenus riches par le vol et la cupidité, faisant allusion à l'histoire d'Achab qui a volé le vignoble familial à Naboth (1 Ro. 21). Même les prophètes d'Israël sont corrompus, car ils prennent plaisir à promettre la protection de Dieu à quiconque peut les payer. C'est pourquoi Michée leur annonce que Dieu a retiré sa protection à Israël.

Dans une deuxième série d'accusations figurant aux chapitres 3 et 4, Michée décrit d'autres moyens utilisés par les dirigeants et les prophètes pour commettre de graves injustices. Ils dirigent le pays à coups de pots-de-vin et font plier la loi au profit des plus riches, en privant les pauvres de leurs terres, de leur sécurité et, à terme, de leur espoir. Et le tout, en violation flagrante des lois de la Torah, qui interdit la vente des terres appartenant aux familles, y compris les plus pauvres. Le jugement de Dieu se traduira par l'arrivée des nations oppressives qui viendront détruire tour à tour le royaume du nord, Jérusalem, et leurs temples respectifs.
Bien que ces avertissements soient annonciateurs de graves conséquences, le livre ne s'arrête pas là. Chaque section d'avertissement se conclut sur une saisissante promesse d'espoir. La première est un poème qui compare Dieu à un berger sur le point de sauver et rassembler son troupeau, les rescapés de son peuple (Mic. 2:12-13). Il les mènera vers de bons pâturages et redeviendra leur roi. La deuxième promesse se trouve au chapitre 4, où Michée revient sur l'image des décombres du temple de Jérusalem en affirmant que cette situation n'est pas définitive. Un jour prochain, Dieu élèvera son temple, le remplira de sa présence comme la ville se comblera des rescapés de son peuple. Le dessein de Dieu, qui est de faire d'Israël le lieu de rencontre entre le Ciel et la Terre, s'accomplira et toutes les nations afflueront vers Jérusalem, où Dieu deviendra leur Roi et fera régner la paix sur toute la Terre.
Michée 4b-5 : L'espoir de la restauration sous le règne du roi messianique
Ces deux poèmes sont de très significatives sources d'espoir, et la section suivante du livre en approfondit les thèmes avec une autre série de poèmes magnifiquement conçus. Dans Michée 4:8-13, nous apprenons qu'après l'attaque assyrienne, Israël sera exilé à Babylone, mais que Dieu finira par restaurer son peuple et le ramener sur sa terre. Et dans Michée 5:1-6, on découvre qu'un nouveau roi messianique issu de la lignée de David se manifestera dans la nouvelle Jérusalem. Il naîtra à Bethléem et régnera à Jérusalem sur le peuple restauré de Dieu. Enfin, dans Michée 5:7-14, il devient évident que dans le royaume messianique de Dieu, les fidèles rescapés du peuple de Dieu seront une bénédiction parmi les nations. C'est alors que Dieu rendra sa justice finale et éliminera le mal du monde.
Michée 6-7 : Espoir dans la miséricorde et la rédemption de Dieu
La dernière section du livre reprend le même schéma que celui de la première section : un avertissement suivi d'un message d'espoir (chaps. 6-7). Michée dénonce les pratiques économiques abusives des dirigeants israélites qui sont autant néfastes pour le pays que pour le peuple. C'est ici que Michée prononce sa fameuse citation alors qu'il résume pour Israël, les implications liées au fait de suivre son Dieu. « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l'Éternel attend de toi : c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu » (Mic. 6:8). Israël n'a rien fait de tout cela et se sera ainsi assuré sa propre ruine.

Et pourtant, le livre se conclut sur une très forte note d'espoir. Israël est personnifié sous les traits d'un individu, assis seul dans la honte et la défaite. C'est clairement une allégorie de la destruction et de l'exil d'Israël. Le poète guette le moindre signe de la miséricorde de Dieu, il le supplie de l'écouter et de lui pardonner. Mais, pour quoi faire ? Quel intérêt Dieu aurait-il à faire cela pour un peuple infidèle et rebelle ? Le poète avance deux raisons. Tout d'abord, à cause du caractère de Dieu. « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonne les péchés et fait grâce aux rebelles ? » (Mic. 7:18) Michée est conscient que la miséricorde de Dieu surpasse en puissance sa colère et son jugement. La seconde raison est liée aux promesses de Dieu. « Tu témoigneras de ta fidélité à Jacob, et tu manifesteras ton amour loyal à Abraham comme tu en fis le serment dans les temps anciens » (Mic. 7:20).
Ce sont les dernières paroles du livre, et elles font allusion aux promesses de l'alliance que Dieu a faites à la famille d'Abraham dans Genèse 12 ; Genèse 15 et 17, selon lesquelles toutes les nations auront la bénédiction de Dieu par le canal d'Abraham et de sa famille. Cependant, pour devenir cette source de bénédiction, Israël doit rester fidèle à son Dieu. Ce qui explique les nombreuses alternances entre jugement et espoir du livre de Michée. Si Dieu doit bénir les nations par le canal d'Israël, il doit d'abord traiter et juger le mal qui règne au sein de son peuple. Ainsi, le jugement de Dieu est en réalité une source d'espoir, car son amour et sa promesse d'alliance surpassent en puissance le mal humain. Le dessein ultime de Dieu n'est pas de détruire, mais de sauver et racheter. Comme le soulignent les derniers mots du livre, Dieu « prend plaisir à manifester son amour loyal. Oui, il aura encore compassion de nous, il écrasera nos iniquités, et il précipitera nos péchés dans les abysses marines » (Mic. 7:18-20).
C'est ce dont il est question dans le livre de Michée.

