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Daniel

À propos

Daniel
8:54
Panoramas de l'Ancien Testament
Daniel

L'histoire de Daniel se déroule juste après la première attaque de Babylone contre Jérusalem (2 Ro. 24). Ils avaient pillé la ville et le temple, et emmené un grand nombre d'Israélites en exil. Parmi ces prisonniers, figuraient quatre jeunes hommes de la lignée royale de David : Daniel, plus tard renommé Beltchatsar, et ses trois amis mieux connus sous leurs noms babyloniens, Shadrac, Méchak et Abed-Nego. Ce livre raconte leurs luttes pour garder espoir alors qu'ils vivaient sur le territoire de leurs conquérants.

La trame littéraire du livre de Daniel

La conception du livre paraît simple à première vue. Les chapitres 1 à 6 relatent les épisodes vécus par Daniel et ses amis à Babylone, tandis que les chapitres 7 à 12 compilent les visions que Daniel a de l'avenir. La précision de cette structure en deux moitiés équivalentes est rehaussée par une autre particularité du livre, sa rédaction en deux langues. Au chapitre 1, le livre est d'abord rédigé en hébreu, la langue des Israélites, puis les chapitres 2 à 7 sont rédigés en araméen, une langue apparentée à l'hébreu parmi les plus courantes dans les empires anciens. En revanche, les chapitres 8 à 12 reviennent à l'hébreu. Ce choix relève non seulement la cohérence des chapitres araméens 2 à 7, mais souligne également le rôle clé des chapitres 2 et 7 pour comprendre les chapitres suivants du livre.

Daniel 1-6 : Rêves, visions et persécutions

Le chapitre 1 jette les bases de l'intrigue principale qui se déploie tout le long du récit. Distingués par leur sagesse et leurs aptitudes, Daniel et ses amis sont très vite recrutés pour servir au palais royal de Babylone. Cependant, l'on requiert également d'eux de renoncer à leur identité juive, de vivre et manger comme les Babyloniens, violant ainsi les lois alimentaires juives énoncées dans la Torah. Ils refusent de s'y plier et choisissent plutôt de rester fidèles à la Torah. Cette décision les met en grand danger, mais Dieu les délivre, et ils sont ensuite promus par le roi de Babylone.

Vient ensuite la section araméenne avec une singularité qui lui est propre, sa trame symétrique. Le roi de Babylone fait un rêve que Daniel est le seul capable d'interpréter. Cela concerne une statue monumentale qui domine le paysage et est composée de quatre types de métaux. Daniel explique que la statue représente une succession de royaumes, dont la tête symbolise Babylone. Soudain, la statue se fait pulvériser par une énorme pierre inattendue, qui finit par prendre la forme d'une montagne. Ce rêve est le premier d'une série de visions symboliques du livre, dont il introduit un schéma narratif typique. Daniel révèle que la statue représente une succession de royaumes humains qui suivront Babylone et répandront la violence dans le monde de Dieu. Mais un jour, l'avènement du Royaume de Dieu donnera une leçon d'humilité aux nations arrogantes du monde, puis propagera la guérison et la justice divines sur terre.

Ensuite, le chapitre 3 est celui qui relate la fameuse histoire liée aux trois amis de Daniel. Ils refusent de se prosterner et d'adorer la statue d'une idole gigantesque représentant le roi et son pouvoir impérial, ce qui rappelle la statue du chapitre précédent. Les amis sont persécutés pour leur choix et jetés dans une fournaise ardente. Dieu les délivre encore une fois de la mort, et ils sont élevés par le roi, qui reconnaît désormais leur Dieu comme le seul véritable Dieu.

Les chapitres 4 et 5 forment un duo de récits concernant deux rois babyloniens : Nebucadnetsar et son fils Beltchatsar. L'immensité de leur pouvoir a nourri en chacun d'eux un orgueil démesuré, et exactement comme au chapitre 2, Dieu les met en garde par des rêves et des visions. Et une fois de plus, seul Daniel peut leur en donner l'interprétation, à l'image du chapitre 2. Après s'être acquitté de cette tâche, Daniel demande aux deux rois de s'humilier devant Dieu, mais leur arrogance commune les amène à refuser. Nebucadnetsar est frappé de folie et devient littéralement comme une bête des champs. Il finit par s'humilier devant Dieu, et alors qu'il retrouve son humanité, il est rétabli dans sa fonction royale. Contrairement à son fils Beltchatsar qui refuse de s'humilier et est assassiné la nuit même de son avertissement.

Ces deux récits approfondissent l'imagerie de Genèse 1-2 et du Psaume 8, dans lesquels les humains sont décrits comme l'image royale de Dieu et chargés de régner sur les bêtes en son nom, le véritable Roi du monde. Lorsque les royaumes humains oublient qu'ils ne sont pas Dieu, lorsqu'ils érigent leur propre pouvoir au rang d'une divinité, ils régressent dans leur essence humaine pour se rapprocher davantage des bêtes violentes qui devront faire face à la justice de Dieu.

Cela nous amène au chapitre 6, qui fait la paire avec le chapitre 3. Cette fois, Daniel est celui qui se fait persécuter suite à son refus de prier et d'adorer le roi comme un dieu. Tout comme ses amis, il est condamné à mort et jeté dans une fosse aux lions. Dieu le délivre des bêtes, et, pareil à ses amis, le roi élève Daniel et loue son Dieu.

Chapitre 7 : Daniel rêve des quatre bêtes et du Fils de l'homme

Enfin, nous en arrivons au chapitre 7, qui fait la paire avec le chapitre 2, et constitue le véritable cœur du livre de Daniel, là où tous les thèmes se recoupent. L'histoire tourne autour d'un autre rêve qui est cette fois, celui de Daniel. Curieusement, il ne parvient pas à l'interpréter avant qu'un messager angélique ne lui en donne l'explication. Daniel voit quatre bêtes se succéder. Trois d'entre elles ressemblent à un lion, à un ours et à un léopard ailé, chacune symbolisant l'un des royaumes arrogants. La dernière créature est d'une indicible monstruosité identifiée comme étant l'empire maléfique absolu. Cette quatrième bête est dotée de plusieurs cornes, symbole courant des rois dans l'Ancien Testament, dont une corne spécifique représente un roi qui s'élève avec arrogance au-dessus de Dieu et persécute son peuple d'alliance. Le peuple de Dieu est symbolisé par un personnage appelé le « Fils de l'homme », qui est à la fois l'image du peuple d'alliance de Dieu et leur roi issu de la lignée de David. Dieu, appelé « l'Ancien des jours », vient établir son trône. Il anéantit la plus monstrueuse des bêtes et élève le Fils de l'homme dans les nuées, où il siège aux côtés de Dieu dont il partage la souveraineté sur les nations.

En prenant du recul, il nous est possible de voir comment toutes ces histoires et tous ces rêves s'imbriquent les uns avec les autres. Les trois épisodes marquants de fidélité malgré la persécution (chaps. 1, 3 et 6) ont vocation à nourrir l'espoir du peuple de Dieu qui souffre parmi les nations. Ils souffrent parce que les royaumes humains se sont rebellés contre Dieu au point de devenir des bêtes (chaps. 4 et 5). Les visions (chaps. 2 et 7) ravivent la patience à attendre que Dieu établisse son règne sur le monde et réhabilite son peuple. Mais quand Dieu le fera-t-il ? Cette question est ce que les trois dernières visions des chapitres 8, 9 et 10 à 12 visent à élucider.

Daniel 8-12 : Visions des futurs royaumes et visite angélique

Au chapitre 8, Daniel a une autre vision concernant les deux dernières bêtes du chapitre précédent. Cette fois, elles sont symbolisées par un bélier (qui, nous dit-on, représente l'empire des Perses et des Mèdes) et un bouc (qui représente la Grèce antique). Du bouc émergent plusieurs cornes dont l'une symbolise le roi maléfique du chapitre 7. Et cette vision nous fournit un peu plus de détails sur ce roi. Il lancera une attaque contre Jérusalem où il s'élèvera au-dessus de Dieu en souillant le temple avec ses idoles. Cependant, ce roi finira anéanti par Dieu, qui à son tour exaltera son peuple et son royaume.

Au chapitre 9, Daniel se tourmente pour connaître la période dans laquelle ces événements auront lieu. Il consulte le rouleau du prophète Jérémie, où Dieu avait dit que l'exil d'Israël durerait 70 ans avant qu'il ne restaure son peuple. Pour Daniel, les 70 ans sont quasiment écoulés, alors il demande à Dieu de tenir sa promesse. Cependant, un ange vient informer Daniel que le péché et la rébellion d'Israël n'ont pas été entièrement compensés par l'exil, et que leur période d'oppression sous les nations sera sept fois plus longue que ce que Jérémie avait prévu.

Daniel est profondément troublé par ces propos et peu après, il a une dernière vision qui s'étale aux chapitres 10 à 12. On nous présente la même succession de royaumes : la Perse, puis la Grèce avec Alexandre le Grand, suivis de rois de moindre envergure qui mènent tous au dernier « roi du nord ». Il envahira Jérusalem, érigera des idoles dans le temple et s'élèvera au-dessus de Dieu. Et comme les autres, cette vision se termine par la soudaine déchéance de ce roi.

La signification de toutes ces visions a alimenté nombre d'interminables débats. Beaucoup y voient un lien évident avec les exploits du roi syrien Antiochos au milieu du IIe siècle avant notre ère. Il massacra plusieurs Juifs fidèles à Jérusalem, où il érigea ses idoles dans le temple. Certains pensent qu'elles font référence au rôle joué par l'Empire romain dans l'exécution de Jésus et la destruction de Jérusalem et de son temple en l'an 70 de notre ère. D'autres pensent que tout cela s'accomplira dans les événements à venir qui se produiront en marge du retour de Jésus.

Le problème est que les symboles et les chiffres ne correspondent parfaitement à aucune de ces opinions, ce qui laisse penser que, dans un certain sens, elles sont toutes correctes. Le livre de Daniel a été conçu pour nourrir l'espoir de toutes les générations futures du peuple de Dieu. C’était déjà le cas à l’époque de l’empire d'Antiochos, et c'est toujours vrai à ce jour. C'est pourquoi Jésus a utilisé les images de Daniel pour accuser les dirigeants oppressifs auxquels il était confronté à Jérusalem (Marc 14:62), et c'est pourquoi Jean, l'auteur de l'Apocalypse, a adapté les visions de Daniel et les a appliquées à l'Empire romain de son époque ainsi qu'à tous les empires oppressifs à venir (Apocalypse 13).

Le livre de Daniel offre aux lecteurs de toutes les générations, un aperçu de la promesse de Dieu et d'un schéma à l'œuvre à travers l'Histoire. Ce schéma révèle qu'à force de glorifier leur pouvoir et de ne pas reconnaître Dieu comme leur véritable Roi, les humains et leurs royaumes deviennent des bêtes féroces. Mais les visions de Daniel laissent également transparaître la promesse qu'un jour, Dieu affrontera la bête, sauvera son monde et son peuple, puis instaurera son Royaume. Ce livre s'adresse à chaque génération et contient un message d'espoir qui incite à la fidélité.