2 Corinthiens
À propos

Même si ce livre est intitulé 2 Corinthiens dans nos Bibles, cette lettre contient plusieurs indices révélant qu'il ne s'agit pas de la deuxième lettre que Paul a écrite à l'église de l'antique Corinthe. Paul avait fondé cette communauté de Jésus quelque temps auparavant, lors de l'un de ses voyages missionnaires (Actes 18), et, après son départ, on lui rapporta que les choses ne se déroulaient pas bien. La réponse à cette nouvelle est la lettre communément appelée 1 Corinthiens, mais selon toute vraisemblance, plusieurs dans l'église ont rejeté les enseignements véhiculés par Paul dans cette lettre et se sont rebellés contre son autorité.
Nous apprenons que Paul s'y est rendu en personne pour ce qu'il a qualifié de « visite pénible » (2 Cor. 2:1), et qu'il a ensuite envoyé une autre lettre, rédigée avec « affliction et larmes » (2 Cor. 2:3-4 ; 7:8-12). Après toutes ces mesures, la plupart des Corinthiens, mais pas tous, ont pris conscience de leur arrogance et ont présenté leurs excuses à Paul dans l'espoir de se réconcilier avec lui. Paul a donc rédigé cette lettre, 2 Corinthiens, pour les rassurer quant à son amour et son soutien.
Ce livre a été conçu avec trois sections principales, chacune traitant d'un sujet spécifique. Aux chapitres 1 à 7, Paul parachève sa réconciliation avec les Corinthiens. Dans les chapitres 8 et 9, il aborde le sujet de la générosité oubliée. Puis, des chapitres 10 à 13, Paul interpelle les derniers Corinthiens qui continuent de le rejeter.
2 Corinthiens 1-7 : Souffrance et pauvreté, marques de l'apostolat
Paul commence par remercier le « Dieu plein de bonté et de réconfort », qui lui a apporté paix et encouragement, ainsi qu'aux Corinthiens, pendant cette période de division et de différends. Il reconnaît que les choses ont été tendues depuis sa pénible visite, et indique clairement leur avoir pardonné et souhaiter une relation cordiale et honnête.
Mais, pourquoi avaient-ils rejeté Paul au départ ? Comme mentionné plus loin dans la lettre (2 Cor. 10-11), les Corinthiens avaient remis en cause la crédibilité de Paul. Il était pauvre et gagnait péniblement sa vie grâce au travail manuel. Il était constamment persécuté et sans véritable domicile fixe. Pour couronner le tout, il n'était pas un orateur public très impressionnant. Dès que les Corinthiens ont été exposés à de riches leaders chrétiens bien plus prestigieux, ils se sont mis à mépriser Paul et ont fini par avoir honte de lui.
Paul répond en montrant d'abord que l'élévation de ces dirigeants fondée sur leur richesse, leur éloquence et leur succès est une trahison envers Jésus et révèle un système de valeurs faussé. Le véritable leader chrétien n'est pas lié à un statut, ni ne se met en avant. Paul se décrit lui-même et les autres apôtres comme des esclaves captifs du roi Jésus, qui dirige une marche triomphale. Le rôle de Paul n'est pas d’impressionner, mais plutôt de mettre en lumière Celui qui l’est, Jésus.

Au chapitre 3, Paul fait allusion à la récente exigence des Corinthiens qui lui ont demandé de fournir des lettres de recommandation des autres apôtres afin de prouver son autorité et ses références. Ce que Paul taxe de ridicule, car leur église n'existerait pas s'il ne l'avait pas fondée. Paul déclare que leur vie sert à authentifier son leadership et qu'ils sont eux-mêmes sa lettre de recommandation. Il cite habilement les prophètes Jérémie et Ézéchiel, disant que l'Esprit de Dieu a écrit sa lettre d'amour dans le cœur du peuple de sa nouvelle alliance. Aucune autre preuve n'est nécessaire aux Corinthiens.
La mention de la nouvelle alliance conduit Paul à une longue comparaison entre l'ancienne alliance entre Dieu et Israël, médiée par Moïse, et la nouvelle alliance entre Dieu et les Corinthiens, médiée par Jésus et l'Esprit. La gloire de l'ancienne alliance du Mont Sinaï avait beau être éclatante, au point de faire rayonner Moïse de la gloire de Dieu, elle a fini par se ternir. Sans parler des lois de l'alliance qui étaient inaptes à transformer véritablement Israël. La nouvelle alliance, en comparaison, est encore plus glorieuse, car Jésus ressuscité est la Gloire de Dieu. Il vit éternellement et son Esprit transforme le peuple dont il accentue la fidélité, à l'image même de Jésus.
Cela semble incroyable ! Qui ne voudrait pas partager la gloire de Dieu ? Mais, Paul poursuit en montrant comment le paradoxe de la croix bouleverse les perceptions des Corinthiens de la gloire et du succès (2 Cor. 4-7). Après tout, la glorieuse exaltation de Jésus en tant que Roi du monde s'est faite par sa souffrance, son exécution et sa mort. Sur la croix, Jésus a révélé le salut de Dieu en mourant pour les péchés du monde, réconciliant les gens avec Dieu. Qui plus est, Jésus a révélé le caractère de Dieu : le Père est un être rempli d'amour souffrant et généreux et qui cherche le bien-être des autres. Jésus a également révélé un nouveau mode de vie cruciforme, incitant les croyants à porter leur propre croix par une vie d'amour et de sacrifice au service des autres.
Le but ultime de Paul est que sa propre vie et son ministère imitent la croix. Ainsi, bien que sa carrière apostolique ait été marquée par l'humilité, la souffrance et la pauvreté, tous ces facteurs ont contribué à servir les Corinthiens. Donc, leur désaveu de la pauvreté et de la souffrance de Paul équivaut à désavouer Jésus. Le mode de vie et le leadership de Paul sont en réalité la preuve qu'il représente authentiquement Jésus crucifié et ressuscité. Bien que Paul tienne à se réconcilier avec les Corinthiens, il restera intraitable avec eux jusqu'à ce qu'ils soient transformés et adoptent pleinement le paradoxe de la croix.
2 Corinthiens 8-9 : Un appel à la générosité en phase avec l'Évangile
Après cette requête passionnée, Paul traite ensuite de la générosité oubliée des Corinthiens (2 Cor. 8-9). Les judéo-chrétiens de Jérusalem étaient tombés dans la pauvreté en raison d'une famine. Afin de les aider, Paul collectait des fonds parmi les nouvelles églises qu'il avait fondées, principalement composées de non-Juifs. L’espoir était que ces Églises leur feraient parvenir un don de secours en signe de leur unité en Jésus, le Messie. Alors que plusieurs églises s'empressaient d'envoyer leurs dons, les Corinthiens, pris par leur conflit avec Paul, ont omis de s'organiser pour leur contribution.
Pour Paul, il ne s'agissait pas seulement d'argent. C'était un autre signe que les Corinthiens n'avaient pas été transformés par l'Évangile, qui est, au fond, une histoire de générosité. « Car vous connaissez la grâce généreuse de notre Seigneur Jésus le Messie, qui, bien qu'il fût riche, s'est fait pauvre pour vous, afin que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Cor. 8:9). En d'autres termes, Paul raconte l'histoire de l'Évangile à travers des métaphores financières. Jésus a renoncé à son honneur, sa gloire et sa richesse pour s'abaisser à mourir comme un pauvre esclave. Il a fait cela afin que d'autres personnes, appauvries par le péché et la mort, puissent être élevées et devenir riches grâce aux richesses de la grâce de Dieu. Être chrétien, c'est laisser cette histoire prendre racine dans son cœur et sa pensée, afin de se voir transformé en un être plus généreux et mieux disposé à consacrer une part de sa vie et de ses ressources à aider les autres.

2 Corinthiens 10-13 : Invitation à l'humilité et à la repentance
Dans la dernière section du livre de 2 Corinthiens, chapitres 10 à 13, Paul se concentre sur la principale source de conflit avec les Corinthiens. Un groupe de leaders impressionnants, que Paul qualifie avec sarcasme de « super-apôtres » (2 Cor. 11:5 ; 12:11), sont venus se mettre en avant à Corinthe et dénigrer Paul qu'ils qualifiaient de leader pauvre et calamiteux. Au risque de passer pour un fanfaron, Paul rappelle que si ces gens veulent comparer leurs parcours, il a de quoi tenir la distance.
Sont-ils des experts de la Bible juive ? Eh bien, Paul aussi. Il était un Pharisien et il a mémorisé la Bible intégrale. Se vantent-ils de leur connaissance supérieure de Jésus ? Paul n'a pas seulement vu et passé du temps avec le Jésus ressuscité en personne, il a également eu des visions de la salle du trône céleste de Jésus. Rien de moins. Plus important encore, Paul a consacré toute sa vie à la mission de Jésus, sacrifiant confort et stabilité et ne demandant jamais d'argent aux Corinthiens. Contrairement aux super-apôtres qui monétisaient leur « sagesse », Paul a gagné lui-même sa vie afin de pouvoir les servir sans leur demander la moindre contribution.
Mais Paul dit qu'il refuse de se vanter de ses réalisations, car ce ne sont pas les choses qui comptent vraiment en tant que chrétien. Il se vante plutôt de ses défauts et de sa faiblesse, car c'est dans ses insuffisances qu'il découvre l'amour et la miséricorde de Jésus. Ou, comme Jésus l'a dit un jour à Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance se manifeste dans la faiblesse » (2 Cor. 12:9).
Paul conclut par un avertissement cordial aux Corinthiens (2 Cor. 13). Ils doivent examiner leur cœur. Leur mépris pour le mode de vie de Paul et leur amour pour ces super-apôtres montrent qu'ils ne comprennent pas qui est Jésus au niveau fondamental. Leur mode de vie est en décalage avec celui des disciples transformés de Jésus; il les invite donc, une fois de plus, à s'humilier devant la grâce et l'amour de Jésus.
2 Corinthiens nous offre une fenêtre unique sur la vie de Paul et sur le paradoxe de la croix. Cette croix qui redéfinit nos valeurs et notre vision du monde. La plupart des sociétés valorisent le succès, l'éducation et la richesse, mais Dieu valorise l'humilité, la faiblesse et le service. Nous le savons car son amour et sa puissance ont été révélés par la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus. La croix a également libéré la puissance et la présence transformatrices de l'Esprit, permettant aux disciples de Jésus d'adopter son mode de vie cruciforme et de se l'approprier. Et c'est là le puissant défi du livre de 2 Corinthiens.

